Hubert Reeves /L'éducation des enfants

Publié le par Mérédith S. Christa D'Angelo

Un article à relire ; il a été publié dans "Pluie de science" en juin 2004 ; nous voilà en 2008.
Aux enseignantes et aux enseignants qui ont oeuvré dans nos écoles pendant ces quelques années, pouvez-vous nous dire si cet enseignement-là s'est développé ?

Astrophysicien de renommée internationale et auteur de plusieurs best-sellers dont Mal de Terre, le vulgarisateur Hubert Reeves s’inquiète des conditions dans lesquelles ses petits-enfants vivront en 2050. Tel un médecin au chevet de son patient, il prescrit, entre autres remèdes pour sauver la planète, la promotion, au niveau des écoles élémentaires, « d’un enseignement qui incorpore une connaissance de la nature, de l’écologie et du respect du vivant dans sa diversité, puisque le sort de l’humanité est intimement lié à celui des autres espèces. »

Depuis cinq ans, le scientifique est le parrain du Prix Hubert-Reeves, qui récompense les classes qui s’impliquent à la fois en science et en protection de l’environnement. Pluie de science l’a rencontré quelques minutes avant une conférence qu’il donnait à l’école secondaire Louis-Philippe-Paré de Châteauguay, le mois dernier. Plusieurs centaines de personnes étaient là pour l’entendre raconter l’histoire de l’Univers. Sans papier ni aide-mémoire, préférant la table au fauteuil pour s’asseoir, Hubert Reeves leur a rapidement fait oublier l’instant présent pour les transporter il y a 15 milliards d’années. De toute évidence, la magie ressentie par le public ce soir-là était sûrement comparable à celle éprouvée par ses trois petits-enfants lorsqu’il leur raconte des histoires avant de s’endormir…

Hubert Reeves, en compagnie de Connie Byrne et de Jean-Claude Florence


PDS : Comment êtes-vous passé de votre statut d’astrophysicien à celui d’amoureux de la nature?

HR : Dans un sens, j’ai toujours été un amoureux de l’environnement. Au début de mes études, il n’y avait pas vraiment de problèmes à ce sujet. Mais, très progressivement, dans les quarante dernières années, les problèmes sont apparus. J’ai alors pris conscience comme tout le monde que l’environnement était menacé. Selon moi, il ne suffit pas pour un astrophysicien de parler des étoiles et des galaxies, il faut aussi réaliser ce qui se passe sur Terre.

PDS : L’Université Laval et l’Université de Montréal offrent des bourses à votre nom. En êtes-vous à votre première expérience d’implication au niveau primaire?
HR : Non. En France, quelques écoles ont décidé de donner mon nom à leur établissement. Au Québec, cependant, j’en suis à ma première expérience avec le Prix Hubert-Reeves. Ce prix s’adresse à toutes les écoles primaires et secondaires qui ont le goût de promouvoir la science et la technologie auprès de leurs jeunes.

PDS : A-t-il été difficile de vous laisser convaincre de prêter votre nom à ce prix?
HR : Au contraire! C’était tout à fait en accord avec mes convictions. Ayant moi-même des enfants et des petits-enfants en bas âge, je me sens préoccupé par leur avenir. Dans 50 ans, ils seront sans doute encore vivants. Et si ça continue à ce rythme-là, ça risque d’aller très mal… Donner mon nom à ce prix était une réaction de grand-père!

Avoir un Prix Hubert-Reeves pour toutes les écoles du Québec serait idéal. Et si des organismes majeurs souhaitent faire quelque chose de plus ambitieux pour sensibiliser les jeunes à l’environnement, je serais très heureux d’y collaborer…

PDS : Quel serait votre souhait concernant l’éducation relative à l’environnement dans notre système éducatif québécois?
HR : Je souhaiterais qu’on commence à sensibiliser les jeunes très tôt, dès la maternelle. D’ailleurs, plusieurs sujets très simples peuvent facilement s’y prêter. Et les jeunes enfants sont très mobilisables, vous savez. Il m’apparaît donc important qu’ils prennent conscience très vite que nous vivons une situation de crise environnementale.

L’une des qualités les plus importantes des enfants est la curiosité. Ils ont envie d’apprendre et ont besoin d’une nourriture de connaissances. Si on ne leur fournit pas, la curiosité s’atrophie avec le temps et ils trouvent leur compte dans le football ou Loft Story… C’est un devoir pour l’enseignant que de nourrir leur curiosité naturelle pour le monde et l’univers dans lequel ils vivent.

PDS : Comment arrivez-vous à convaincre les jeunes qu’il y a place à l’espoir malgré le bilan de santé très alarmant de notre planète?
HR : Je leur parle d’exemples concrets de problèmes environnementaux qui sont en train de se résoudre ou en bonnes voie de l’être, comme le sauvetage des bisons en Europe ou celui des chevaux de Prjevalski. Les gens doivent savoir que tout n’est pas perdu ou utopique!

PDS : Que voudriez-vous laisser comme héritage intellectuel à vos trois petits-enfants?
HR : Un goût pour la connaissance, de la culture et de l’humanisme. Quelque chose qui soit au-delà des pures considérations matérielles.

PDS : Et que souhaitez-vous voir avant de fermer les yeux?
HR : Que la situation continue à s’améliorer. Je suis vraiment convaincu qu’il y a de l’espoir car les gens se mobilisent de plus en plus face à la détérioration de la planète.

Actuellement, nous sommes dans une situation de confrontation massive entre David et Goliath. Il y a le géant Goliath de la détérioration et le jeune David qui prend des forces et des vitamines. C’est une confrontation majeure à l’échelle de la planète. Cependant, cette mobilisation sera-t-elle suffisante? Ça, c’est une autre question et personne ne sait qui va gagner…

 

Le Prix Hubert-Reeves : science et environnement dans les écoles

L’astrophysicien Hubert Reeves est certainement l’enfant le plus connu de Châteauguay. Scientifique engagé, brillant vulgarisateur, il a accepté de prêter son nom à un projet pédagogique que lui a présenté, il y a cinq ans, l’un de ses anciens concitoyens, Jean-Claude Florence. Cet ingénieur chimiste qui fut enseignant en technologie pendant de nombreuses années avait une passion : faire rayonner la technologie et décloisonner cette discipline qui est encore mal perçue par les élèves, et par la population en général.

Depuis ses débuts, le Prix Hubert-Reeves, bien que modeste, n’a cessé de gagner en popularité. Il a même « contaminé » nos voisins français : les sites Web respectifs des écoles de Châteauguay et de Foix, dans la région française de l’Ariège, servent d’ailleurs de point de ralliement.

Cette année seulement, le prix a permis à plus de 200 élèves et dix enseignants(es) de se partager quelque 1250.00 $, grâce à la générosité de différents partenaires (1) .

Ces sommes ont notamment servi à financer différentes activités scolaires. Il n’en tenait qu’à l’imagination des enseignants pour les créer. Au terme d’un apprentissage en classe, Annick Florence, enseignante de 5e et 6e année à l’école primaire Saint-Jean-Baptiste, a choisi d’organiser une visite au Biodôme et au Planétarium de Montréal. Elle se dit heureuse d’avoir pu exploiter la science et l’environnement à travers Hubert Reeves. « J’ai pu voir toutes mes matières à partir de ce seul thème, propice à l’apprentissage par projets ». Quant à Julie Martineau, enseignante en 3e secondaire à l’école Marguerite-Bourgeois, elle a choisi d’utiliser en classe le vécu d’Hubert Reeves, non seulement comme astrophysicien, mais aussi comme écrivain.

« Je pense que le Prix Hubert-Reeves n’a de valeurs que dans la mesure de ses participants », dit fièrement l’instigateur, M. Florence.

Toutes les écoles du Québec sont invitées à participer à l’aventure. À bon entendeur…

_____
(1) Mairie de Châteauguay, la Chambre de commerce de Châteauguay, la Caisse Populaire de Châteauguay et la Commission scolaire des Grandes-Seigneuries de Châteauguay.


Connie Byrne

Collaboration spéciale

 




Pour contacter Jean-Claude Florence et faire participer votre école au Prix Hubert-Reeves : jc.florence@videotron.ca, site Web: http://www.eslpp.com/Florence/



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D
J'ai vraiment apprécié cet article...le projet de hubert Reeves est vraiment "pointu"..mais la plupart des enseignants ne changeront pas leurs habitudes..peu d'entre eux ayant le sens de protection de notre planète..hélas..ce sont les enfants qui peut-être les inciteront à s'en occuper...Bon weekend Mérédith~~
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M
Franchement j'espère que tu te trompes et qu'il existe une forte proportion d'enseignants soucieux de la protection de la planète ; je crois que ce thème est abordé en cours d'éducation civique. Chères enseignantes et enseignants, je vous en prie, venez apporter de l'eau (et de la bonne) à notre moulin.Merci pour ton commentaire qui me fait d'autant plus plaisir qu'il y a beaucoup de lecteurs silencieux et par conséquent trop peu d'échanges de points de vue à mon goût.Le weekend a été bon, merci, je te souhaite une excellente semaine !
M
Kikou Mérédith  ;-)Hubert Rives, un "grand homme".Un excellent article; pour le reste, je ne puis te renseigner, n'étant pas enseignant.Bonne soirée à toâ, bises...@ bientôt!
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M
Hello ! Merci pour cette appréciation, et puisque tu as pris la peine de venir jusqu'à moi, permets-moi de te souhaiter une SUBLISSIME ANNEE 2008 !A + !