Albert Jacquard / L'Education (suite)

Publié le par Mérédith S. Christa D'Angelo

Suite à l'article précédent : je vous propose les commentaires effectués par nombre d'enseignants lors de cette édition. A vous d'exprimer votre point de vue ! 
  • Que dire de plus que si j’étais Française et que Jacquard se présentait, même à la Présidence, alors je voterais pour une fois sans hésiter et avec le sens de réellement choisir des idées vouées à CONSTRUIRE vers un mieux...
  • 20 octobre 2006 21:50
    On se prend à rêver. Après la lecture de votre ouvrage "Mon Utopie", ce texte, si confidentiel et étonnant dans sa forme soit-il réconforte la personne enseignante que je suis. Humblement, j’adhère à votre idéal mais mesure douloureusement le gouffre qui nous sépare du discours actuel. Heureusement, votre propos réveille les consciences et nous invite à résister. Merci. Joëlle GOUHENANT Enseignante au CE1 SAVOIE
  • 17 février 2007 10:49,
    Moi je décrète que vous devrez vivre très ,très vieux ! C’est formidable...Sauf qu’il faudra permettre aussi , l’instruction en famille , pour ceux que le groupe par classe d’âge ne tente pas.Et puis d’ailleurs, il faudrait revoir cet façon de regrouper les momes par classe d’âge et non par intérêt.C’est bizarre cette coutume.Et aussi , les horaires scolaires ! Houlà, ils sont en fonction du monde du travail des parents pour le matin, mais pas le soir (tant mieux !!!), il faut tout revoir ! Et la liberté de ne pas y aller aussi .Non ? Mais je répète , n’oubliez pas : Le choix de votre école plutôt sympa, ou de non école , comme c’est autorisé , si ,si !!! Ca s’appelle instruction en famille...Vous ne voudriez pas l’appeler "Vivre et apprendre ensemble" ? J’aimerais autant... :-)) Je vous salue tendrement ,
  • 17 février 2007 12:36,

    bonjour, Albert Jacquart

    je vous écoute de temps en temps avec bonheur sur france culture. et là, c’est un vrai grand plaisir de vous lire...

    et j’ai envie de rêver : et une école qui ne soit pas une prison ?

    où l’on pourrait entrer, à n’importe quel âge, pour échanger du savoir, écouter ou dire, et d’où l’on pourrait sortir quand on a besoin de vivre autre chose...

    si cette école existait, mes enfants et moi-même aimerions sans doute beaucoup y passer du temps à s’enrichir et à échanger...

    et comme le fait remarquer Catherine Baker, une école qui ne serait pas une prison, ça ferait des profs de bonne qualité : ceux qui n’auraient pas d’auditoire n’auraient qu’à continuer à parler dans le vide ou à changer de métier ;-) ou peut-être à s’asseoir et à écouter ?

    merci en tous cas, pour votre parole, qui est justesse et profondeur dans la simplicité

  • 19 mars 2007 12:50,
    Emu de penser que nous avons sans doute pleuré au même instant (celui de l’annonce du décès de l’Abbé Pierre), Merci de m’avoir nommé professeur, et d’avoir rendu à ce rôle social son importance et sa noblesse. Merci de me permettre d’apprendre aux jeunes, à la piscine, les éléments vitaux de thermodynamique en même temps que la natation. Merci d’avoir révélé l’absurdité du terme "échec scolaire", et d’avoir renvoyé cet échec, comme une balle de tennis, au système éducatif précédent. Beau coup-droit. Merci de croire en l’intelligence face aux media qui misent sur l’imbécilité pour s’assurer de vendre les petits et les grands outils de la fin du monde. Merci de remettre les esprits dans le bon sens, de déterrer les évidences inoxydables, comme des outils précieux enfouis sous les déchets de l’insignifiance. Merci d’être toi, Albert. Tiens bon, nous sommes nombreux derrière toi.
  • 11 avril 2007 21:31,

    Vivement que l’on vous écoute, que votre message soit enfin entendu par ceux qui détiennent le pouvoir et que tous les autres en fassent leur cheval de bataille afin de convaincre les premiers.

    Que ce message soit porté au delà de toutes les frontières.

    Un tel projet, une telle philosophie mit à exécution permettrait à nos enfants de retrouver leur enfance (qui leur est présentement volé dans nos systèmes actuels) et offrirait une chance égale à chacun d’eux afin qu’ils trouvent leur place dans ce monde.

    Merci M. Jacquard,

     

  • 21 avril 2007 17:54,

    Vendredi 20 avril 2007, nous sommes dans une tour romaine, à Toulouse, dans le sous-sol de l’école de musique... la cave est sombre et humide et les élèves de sixième ont plein de raisons de s’intéresser à autre chose que les fondations, les pierres taillées, le remblai, la brique, la situation géographique...

    Au plafond, sur une dalle de béton qui soutient le nouvel édifice, des gouttes d’eau perlent... Ils ont peur d’en recevoir, on entend parler de rats, Harmonie dit qu’elle a une allergie à la poussière, Bouabdellah en rajoute en se pinçant le nez... Il faut bien cinq minutes pour se mettre à la place des Romains et imaginer les hommes qui ont construit le rempart. Ça y est, ils écoutent Lydia, notre guide du Musée Saint Raymond.

    Kheira prend un caillou et le lance. Pas de chance, il retombe sur Abdelati qui se met à hurler « cherk ! » « cherk », ça vient de sortir et je n’ai pas encore compris ce que ça veut dire, depuis quelques temps, ça remplace « ta mère ! » Je m’approche d’Abdelati avant que Kheira ne prenne son poing dans la figure, lui demande de rester concentré, lui dit que je m’occupe de Kheira.

    Kheira faisait une expérience de physique, fascinée par les gouttes au plafond. Elle n’a pas pensé que le caillou pourrait faire mal, « il était tout petit » elle voulait savoir si la goutte était bien accrochée. On discute deux minutes de la condensation.

    Un peu plus loin, nous sommes remontés sur terre et nous observons un morceau du rempart qui disparaît derrière un mur. Lydia demande aux élèves de regarder chacun à leur tour dans la fente pour observer les différents étages du rempart. Kheira veut voir et plante son crayon dans le crâne de Bouabdellah qui se met à hurler et vient me voir.

    Je demande des comptes à Kheira qui soutient que ce n’est pas grave car elle a choisi le côté du crayon où il n’y a pas de mine pour ne pas faire mal. Elle me dit « il restait longtemps et j’avais trop envie de voir ! »

    Kheira est-elle déficiente intellectuelle comme le suggère l’incompétent de la CDOEA ? (« Commission départementale d’orientation vers les enseignements adaptés » pour les profanes) est-elle caractérielle comme on l’air de le dire plusieurs profs ?

    A-t-elle besoin du « socle commun de compétences » ? Non, Kheira a « trop envie », elle est une sous-alimentée culturelle, une plasticienne, une physicienne, une sportive, une actrice en puissance... avide de savoir. Elle essaye de rattraper le temps perdu. Elle veut accéder à la culture, au langage, à la science, aux arts, à l’histoire, aux fondements de l’humanité. C’est souvent maladroit : elle dit « truc », intervient physiquement au lieu de parler, fait des expériences à des moments où cela dérange les autres. Elle vit.

    Mais n’est-ce pas notre boulot de prof d’en prendre conscience ? Et de la supporter comme une gamine de douze ans qui n’a pas eu toutes les billes et toutes les chances, de la faire sortir de son personnage en échec scolaire. Je ne veux pas remplir des petites cases ou m’appuyer sur les évaluations d’entrée en sixième et me laisser convaincre qu’elle est nulle et n’a peut-être pas sa place au collège.

    Dans les douze travaux d’Hercule, Kheira joue la pythie. Elle s’est acharnée sur un texte qu’elle comprenait à peine au départ. Elle lisait « tu es Hercule » et comprenait « tuez Hercule ! » qu’elle disait d’un ton agressif. Et maintenant, elle nous fait entendre la voix de Jupiter d’un air convaincu. Elle sait ce que veux dire : « tu es Hercule, un héros, un demi-dieu, le fils que me donna Alcmène », et le jour où elle l’a déclamé d’un air inspiré, les yeux au ciel, et que le vent d’autan s’est levé, un autre élève a dit « c’est Junon qui est en colère ! ».

    En arts plastiques, elle comprend tout, elle a l’intelligence des mains, des émotions contagieuses, de la persévérance... D’une boîte à chaussures, elle fait naître Cerbère qui garde la porte de l’enfer, d’une boule de terre un vase gaulois... dans ces moments là, elle est calme et concentrée.

    Au début de l’année, elle présentait à la bibliothèque des albums sans texte et nous décrivait les illustrations, puis elle a choisi des petits textes, et mardi dernier elle m’a demandé « les travaux d’Hercule » dont nous leur avons lu de larges extraits avec Rachida, la bibliothécaire, pour le relire toute seule... en un an, elle a fait le chemin de l’école primaire.

    Dimanche on vote. Et je cherche en vain le candidat qui aurait supprimé les évaluations, mis la culture dans les priorités et la joie de vivre au programme.

    • > 15 décembre 2007 22:56
      merci pour ce témoignage, magnifique, pour votre écoute, votre patience, votre observation. j’ai ri et pleuré en même temps ! Kheira et vos élèves ont bien de la chance de vous avoir comme enseignante. vous êtes dans une relation d’échange, de transmission réciproque avec eux, merci !
  • 25 mai 2007 00:55,

    Et bien bravo Mr Albert JACQUARD ; Je vous nomme de suite ministre de l’éducation nationale..

    Pourquoi Ils nous écoutent pas c’est si évident et si simple...

     

>28 mai 2007 11:45,

Bonjour Monsieur Jacquard,

C’est magnifique, et je suis heureux que quelques personnes pensent comme vous, même si toutes les solutions ne seraient pas trouvées.

Toutefois, je regarde le monde réel, entre autres choses vos et nos élections (françaises, belges et autres). Et je me dis que ce n’est pas encore pour tout de suite.

Alors faut-il garder espoir comme vous ou se ranger à l’avis d’Yves Paccalet (L’humanité disparaîtra, ...) ? L’avenir nous le dira. Peut-être.

Merci d’être vous.

  • 24 septembre 2007 16:09,
    Monsieur Jacquart, Je suis éducatrice spécialisée depuis plusieurs années..... j’aime ce travail..... comme je suis d’accord avec vous.... Je me sens pourtant découragée en ce moment, je vous admire et je me sens toute petite. Je cherche à vous conctater pour échanger sur différents points. Si vous disposez d’un peu de temps voici mon mail. merci Karine ka.cl@wanadoo.fr
  • >5 octobre 2007 18:23,
    Bonjour Monsieur Jacquard, je viens de trouver ce site de l’Aped où je retrouve bien le ton de la présentation que vous aviez faite l’an passé lors de la réunion "Rencontres avec des hommes remarquables" dont vous étiez l’invité. J’y étais aussi (dans le public). Depuis lors, je constate que mon travail d’ingénieur d’entreprise m’ennuie de plus en plus, et je voudrais faire un travail - peut-être moins bien payé - mais plus signifiant pour la société et pour moi, si possible. Je suis moi aussi un ancien élève de l’X, et je sais bien quelle dose de conformisme il m’a fallu ingurgiter pour en arriver là. La première preuve de ce conformisme subit, c’est que je fais aujourd’hui un travail qui ne me plait guère ... Le travail de professeur me séduirait bien ; je suis mathématicien par passion et enseigner les maths serait ce que je peux faire de mieux. Mais je ne sais pas du tout quelle filière serait la mieux adaptée. J’ai 48 ans, j’ai parfois le sentiment que tout est trop tard, mais à vous lire, cela me redonne de l’énergie. Je sais que vous êtes mille fois sollicité, mais serait-il possible d’avoir un petit entretien avec vous (de visu ou par téléphone) pour avoir quelques conseils de votre part ? Pardonnez-moi de ne pas me suffire d’une réponse par e-mail, c’est trop sec !... Pour information, j’habite Paris (vous aussi peut-être) ; si vous préférez un entretien téléphonique, je peux vous l’envoyer par retour d’e-mail. Bien à vous, et j’espère à bientôt, Alain S.


  • 7 octobre 2007 16:07, par FELLERATH PHILIPPE
    Cher Monsieur JACQUARD, Etant enseignant et ayant une sensibilité proche de la votre en ce qui concerne l’Education Nationale, j’aimerais (si possible) vous faire part d’une recherche pédagogique que j’ai appliquée avec mes élèves de collège, dont l’axe majeur cherche à mettre en avant le développement des potentialités de chaque élève à travers une approche humaniste et républicaine. Le titre de ma maquette "Plaidoyer pour une conception républicaine et humaniste de l’enseignement". Si toutefois vous étiez intéressé par la lecture de mon travail, je pourrais vous envoyer mon introduction dans un premier temps (par fichier joint) et éventuellement ma maquette par la suite. En espérant ne pas vous avoir importuné, j’espère vivement recevoir une réponse de votre part et vous prie de recevoir l’expression de mes salutations respectueuses
  • 19 janvier 20:03, par Rémy

    j’ai vu pour la premiere fois un sage a la télé,(oui, c’est tres rare)ce qui m’a encouragé a lire ce que cet Homme pense du monde qui l’entoure.Il a, grace a sa simplicité, touché mon esprit et mon coeur grace a la verité qu’il exprime. Je suis heureux aussi ,par le biais de ces articles que je viens de lire,de voir que la societe telle qu’elle est aujourd’hui et qui nous entoure n’a pas tout a fait déteint sur tout le monde et qu’il y a toujours une lueur d’espoir de jours meilleurs. Pourquoi n’y a t’il pas de personnes comme vous a la tete d’un etat ?Certains problèmes seraient résolus je pense.

    Je vous admire et vous respecte profondement M jacquard.

    Merci d’exister

  • 21 janvier 09:13, par Francis Baussart

    Qu’est-ce qu’un humain ? Dimanche 20 janvier 2008. Aux environs de 10 heures, il y avait du monde dans les rues de Lille, tous ces gens se dirigeant vers un même endroit, le Nouveau Siècle, pour assister à une conférence de l’Université Populaire au titre à la fois interrogateur et accrocheur. Interrogateur par son thème, car qui ne s’est jamais posé la question : Qu’est-ce qu’un humain ? Accrocheur par celui qui le traitera : Albert Jacquard. A midi, à entendre les commentaires du millier, au moins, de participants qui lentement se dirigaient vers la sortie, ils avaient passé une matinée passionnante, à écouter un homme, un vrai scientifique et un profond humaniste, nous entretenir de cet animal à la fois si fragile et si complexe, l’humain. Et d’insister sur le fait que si un homme seul, ce n’est finalement que peu de chose, l’acquisition du langage lui avait permis de ne pas se limiter, comme l’animal, à de l’information (terrible critique sous-jacente d’un travers de notre société d’informer seulement et jusqu’à la saturation ne permettant plus d’aller plus avant), mais à la communication avec ses semblables en humanité. Non pas alors vouloir quelque part être le plus fort, dominer les autres dans un esprit de compétition exacerbé, mais à se réaliser soi-même, à se surpasser, et à inciter les autres à en faire autan. Pas de podium, ni de notation à l’école...

    "L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir. Moi, ministre de l’Éducation nationale, je n’ai qu’une obsession : que tous ceux qui me sont confiés apprennent à regarder les autres et leur environnement, à écouter, discuter, échanger, s’exprimer, s’émerveiller. À la société de s’arranger avec ceux qui sortent de l’école, aux entreprises d’organiser les évaluations et la formation de leur personnel à l’entrée des fonctions. Il faut que les rôles cessent d’être inversés : l’éducation nationale ne produira plus de chair à profit"

    Bel outil qu’Internet, qui nous permet, rentré à la maison, de ne pas rompre le charme, de compléter (de compléter seulement car l’essentiel n’est-il pas d’avoir pu communier avec lui, tant pis pour les absents) notre connaissance d’Albert Jacquard et des idées qu’il développe avec tant de conviction. Car il ne s’agit pas, bien sûr, d’écouter une conférence, d’applaudir chaleureusement le conférencier…et de tourner la page, de passer à autre chose en se disant que c’était un bon moment à classer dans le tiroir des souvenirs agréables. Au sujet de l’enseignement précisément auquel il accorde la priorité, et de son « Moi, ministre de l’Education nationale… », il n’aborde pas la question de l’apprentissage des langues étrangères. Lui, apôtre de la communication entre les hommes, que pense-t-il de voir imposer l’anglais comme langue obligatoire à l’école, réponse sans doute à des considérations économiques, mais signe notoire d’aboutir à un monde dans lequel les autochtones, et notamment les Américains du nord, domineraient le reste des hommes par ce qui leur est si précieux pour communiquer : la langue. Faudrait-il se laisser aller à cette colonisation, d’autant plus destructrice qu’elle s’attaque aux fondements même de la diversité des peuples, distinguant les maîtres –les Anglophones – de leurs serviteurs – les autres, parlant plus ou moins bien l’anglais, plus souvent mal que bien, et ceux qui ne l’auront pas appris ? Alors qu’une solution existe, une langue universelle qui permettrait à chacun, après un apprentissage facilement assimilable, de communiquer avec ses semblables sur un pied d’égalité, sans le moindre complexe. Ah, si Albert Jacquard (« Moi, ministre de l’Education nationale… ») parlait de l’Esperanto, quelle belle avancée dans la communication entre les hommes entraînerait cette prise de position de la part d’un tel humaniste !

  • 27 janvier 13:58, par Rémi Castérès

    « Article premier : Il faut supprimer tout esprit de compétition à l’école. »

    Je crois que les enfants ont tout autant besoin de compétition que de coopération.

    Je crois aussi que c’est ce refus de la compétition qui fait que les écoles “coopératives” (Freinet et autres) n’ont pas obtenu des résultats convaincants.

    Elles ont formé des enfants unijambistes. Super-coopérateurs, ils avancent à cloche-pied. Les autres, bien mal formés dans les écoles “classiques”, avancent au moins, cahin caha, sur deux jambes.





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