La Voix d'Ista

Publié le par Mérédith S. Christa D'Angelo

DES VOIX ET DES VOIES
Première partie : Chapitre 2 : La voix d’Ista
 
Ca y est, nous y voila ! Là-bas, au bout de l’horizon, les derniers rayons lancent leur fulgurance et je suis happée, tout entière happée… Mon corps quitte sa densité planétaire, sa lourde matérialité, et je ne suis plus qu’un vaste pétillement photonique, une multitude de particules phosphorescentes emportées dans une danse tourbillonnante soutenue par cette indicible symphonie des sphères cosmiques cristallines…
Ma conscience « s’expanse », se dilate dans l’espace… J’atteins les confins de l’Univers. Je sens, je ressens la pulsation de la Vie, partout, en tout, dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand… Je vibre, je vibre au maximum de mon diapason.
Soudain, STOP, chute brutale, tout s’éteint, tout s’arrête.
 
SILENCE, OBSCURITE…
Les quatre soleils ont accompli leur course céleste : engloutis par les brumes boréales, ils nous abandonnent à la nuit noire avant que la première lune vienne éclaircir l’horizon de ses lueurs cristallines.
Et revoilà mon corps, lourd… Revoilà mes limites… Revoilà mon angoisse…
8 heures, 8 heures de ce silence, 8 heures de cette obscurité, 8 heures de cette solitude…
Tout, tout, autour de moi s’est instantanément immobilisé : tous les êtres vivants sont pétrifiés dans un sommeil comateux… Les éléments de la nature eux aussi sont figés : pas le moindre souffle d’air, pas une goutte d’eau, jamais, pendant ce laps de temps. Comme sous l’effet d’une phénoménale hypnose, tout s’est arrêté, même les vagues des océans, les cours d’eau, les courants marins… tout, absolument tout, sauf moi ! Pourquoi suis-je le seul être vivant sur cette planète à rester éveillé pendant que tout est endormi ? Pour quelle raison l’hypnose collective n’a-t-elle aucun effet sur moi ?
Je sais, pour l’avoir déjà vécu et revécu, que pendant ces 8 heures je serai la seule à rester éveillée et que là, maintenant, très vite, je vais être submergée par des flots d’images, jamais les mêmes, mais toutes toujours aussi poignantes… images de souffrances, toujours, toujours… Images étranges de peuples inconnus éprouvés par des situations, des événements qui n’ont jamais eu cours ici ! Peuples en guerre, génocides, cataclysmes, enfants abandonnés, violés, et puis des hordes de maladies, des millions d’êtres souffrants, mourants.
Pourquoi suis-je la seule à subir ces visions ? Où cela va-t-il me conduire ? Ai-je quelque chose à découvrir ? Quoi ? Comment ?
 
J’ai tenté le dialogue mais personne n’a jamais voulu accorder le moindre crédit à mes propos.
« Qu’elle est drôle ! Où va-t-elle chercher de telles histoires ? »
Après avoir lancé, en vain, moult SOS sur nos hyper puissantes machines à communiquer, j’ai décidé de tout écrire ; je veux qu’il reste une trace de cette expérience !
Donc, cher lecteur, qui que tu sois, d’où que tu viennes, de la plus proche planète, demain peut-être, ou du fin fond de l’omnivers, dans des éons de temps, voici mon histoire.
 
Après ces fameuses 8 heures, qui n’existent que pour moi, la première lune apparaît, c’est la première heure du jour, l’aube cristalline. Tout ce qui est vivant entre en action sauf moi. A peine ai-je le temps de contempler les irradiations diaphanes de l’astre tant attendu que je sombre dans le sommeil. Je me réveille lorsque la deuxième lune entre en scène, parée de sa douce lumière irisée. C’est la quatrième heure du jour, le lever des enfants. Les huitièmes, douzièmes, seizièmes et vingt quatrièmes heures sont rythmées par les apparitions des quatre soleils. A la vingt huitième heure, les quatre soleils disparaissent simultanément. Et là est le dilemme.
Mes congénères sont convaincus que chaque journée dure 28 heures au cours de laquelle les enfants dormiraient 4 heures tandis que les adultes resteraient constamment éveillés.
Evidemment, pour moi, un jour s’écoule durant 28 heures plus les fameuses 8 heures de sommeil collectif dont ils n’ont aucune conscience, soit 36 heures. Bizarre ! Pourtant, comme tous les autres enfants, j’ai grandi dans la confiance et la tranquillité, entourée de personnes douces, pacifiques, accueillantes, toujours d’humeur égale : jamais de colère, pas la moindre irritation, pas le plus petit agacement, aucun jugement sur qui que ce soit ni quoi que ce soit.
Tous les regards que je porte aujourd’hui encore sur mon passé me le confirment : j’ai connu une enfance particulièrement heureuse dans une totale insouciance sans me différencier en rien de mes petits camarades de jeu.
Seulement voilà : colère, irritation, agacement... aucun de ces états émotifs perturbés n’existe ici, je suis la seule à les nommer et à savoir ce qu’ils désignent ! Pourquoi ?
Parce que je suis la seule spectatrice de ce cinéma nocturne qui me montre et me démontre, huit heures durant, ce que deviennent des sociétés d’humains qui ont perdu la connaissance et le contrôle de qui ils sont et sont dominés par leurs états perturbés qui vont du banal agacement à la pire violence en passant par tous les types d’agressivité tournée contre les autres ou même contre eux-même.
Nuit après nuit, les images défilent, cris et châtiments, larmes, blessures, sang, douleurs…
Quand et comment cela finira-t-il ?
 
Je devrais d’autant plus me réjouir de vivre sur cette planète où rien, absolument rien de cela n’existe ! Outre leur nature profondément bienveillante, débonnaire et serviable, mes congénères sont ordonnés, organisés et travailleurs tout en aimant rire, faire la fête et jouer avec les enfants. Qu’est-ce qui me gêne, me dérange, me hante même ?
Une pensée obsédante ! Je n’en ai jamais vu un seul se questionner, rien jamais n’est remis en question ! Tout est toujours dans l’ordre des choses ! Je suis la seule à être tourmentée par des « pourquoi », « comment », « où », « quand ». D’ailleurs, il faut voir leur réaction lorsque je leur pose mes questions : tous les visages se fendent instantanément d’un large sourire, leurs yeux se cherchent dans un même mouvement d’approbation consensuelle : « celle-là, elle nous fera toujours rire ! ». C’est ainsi que, très vite, d’un commun accord et dans un élan fraternel, ils ont décrété que dorénavant j’aurai un statut très spécial. Je suis devenue « la drôle de conteuse », ce qui me confère une totale autonomie. J’ai la liberté pleine et entière de disposer, à mon gré, de moi, de mon temps, de ma vie sans aucune des contraintes qu’ils s’imposent quotidiennement. Magnifique, non !
Ca l’a été, oui, un certain temps… jusqu’à ce que surgisse le premier soupçon : suis-je entourée d’humains ou de robots ?
Panique à bord ! Je pourrais être le seul et unique être humain vivant sur une planète de robots ? Mais pourquoi ? Mais comment serait-ce possible ? Mes parents, mes propres parents pourraient n’être que des machines ? Non, non, c’est un cauchemar !
Chère lectrice, cher lecteur, j’espère que tu existes et que tu vas pouvoir faire quelque chose pour moi ! Te rends-tu compte que tu es mon seul espoir !

 

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Publié dans Roman - La Voix d'Ista

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Commenter cet article
C
<br /> <br /> j'aime beaucoup ! D'habitude je donne des critiques constructives quand je passe sur un blog, mais là je ne sais que dire. C'est bien écrit : joli style, pas une faute. Le fond est poignant : on<br /> se demande tout de suite si la narratrice a raison, si les autres son des machines. A défaut je me demande s'ils n'ont pas plutôt subi quelque chose de dingue, qui a inhibé certains aspects de<br /> leur personnalité. Je vois venir les problèmes pour la conteuse : si quelqu'un a fait ça, il ne laissera pas prêcher la vérité.<br /> <br /> <br /> Bref félicitations !<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> <br /> Je me réjouis que ma prose ait réussi à vous faire passer un agréable moment et je vous remercie d'avoir pris la peine de rédiger ce gratifiant commentaire. Très cordialement,<br /> <br /> <br /> M. SCDA<br /> <br /> <br /> <br />