Le retour de Méré
DES VOIX ET DES VOIES
Deuxième partie : Le retour de Méré
Chose promise … n’est-ce pas ! Et je reprends mon discours là où je l’ai interrompu. Entrons tout de suite dans le vif du sujet.
C’est la vie de chacun de nous – les nouveaux terriens – qui est à présent en relation étroite avec ce mystère évoqué, dans ce lointain vingtième siècle, par le sorcier Don Juan au jeune universitaire Castaneda auquel il fallut de longues années, de multiples efforts et d’extravagantes expériences (selon le point de vue de l’époque !) pour accéder aux connaissances du maître.
Comment l’HUMANITÉ a-t-elle réussi ce tour de force d’accepter d’affronter le mystère pour mettre fin à la folie ?
Tout a commencé quand, à force d’excès accumulés, les sociétés humaines ont basculé dans l’absurde : les adultes ne savaient plus « aider les enfants à grandir », à devenir à leur tour des adultes responsables de leur monde… et le monde a périclité !
La chute a été rapide. Les structures d’alors se sont effondrées, tout est devenu chaotique : guerres, génocides, attentats... drogues, pollutions… incidents diplomatiques, accidents nucléaires... incendies, inondations, séismes, tsunami, sécheresse, désertification... pluies acides, fumées toxiques, eau contaminée... engrais toxiques, pesticides, anabolisants, vaches folles, grippe aviaire...
Brebis égarées, troupeaux sans bergers : l’Humanité errait, livrée à elle-même et à ses mauvais génies. CHANGER TOUT … Oui, il fallait résolument tout changer !
Quelques pionniers, conscients de l’imminence du désastre, eurent l’intrépide audace de clamer, haut et fort, qu’à présent il n’y avait plus d’alternatives, il fallait tout changer !
Evidemment, ils durent supporter les quolibets, les sarcasmes et toutes sortes d’accusations : utopie, élucubrations stupides, charlatanisme, satanisme, sectarisme …
Dans le chaos ambiant, curieusement, le premier grand changement passa quasiment inaperçu.
En effet, les premiers qui osèrent impulser des changements radicaux, ces premiers courageux et audacieux pionniers furent des pionnières … Et oui, après des millénaires de pouvoir politique, économique, militaire… au masculin, depuis les pharaons jusqu’aux rois ou présidents dits républicains (à quelques petites exceptions près qui ne faisaient que confirmer la règle ou satisfaire le fameux quota prôné dans quelques démocraties), voilà que des femmes osaient dorénavant s’avancer sur le devant de la scène publique pour amorcer des changements sans précédents, des changements radicaux et définitifs.
Pourquoi tant de femmes durant des millénaires s’étaient-elles maintenues dans l’ombre de leurs époux, de leurs pères ou de leurs fils, illustres ou non ? Pourquoi avaient-elles accepté de rester cachées sous des voiles ou au fond d’appartements prisons (riches palais ou taudis), d’être vendues à prix de bétail, d’être violées, dilapidées sur des places publiques, brûlées sur des bûchers … ?
Peut-être leur fallait-il cet incommensurable lot de souffrances, accumulées et perpétrées de générations en générations, pour qu’elles réussissent enfin à cesser de sacrifier leur être et leur vie, leur intelligence et leur sensibilité, leur force d’action et de créativité ! Peut-être devaient-elles pleurer leur mari et leurs fils morts à la guerre, pour intégrer au plus profond d’elles-mêmes que jamais aucune violence ne résoudrait le moindre problème, la moindre difficulté !
Peut-être que la mémoire collective des femmes a joué son rôle dans ce revirement : riches de cet héritage, elles ont osé chercher des réponses d’abord à leurs propres questions, des solutions à leurs propres difficultés… Ensuite, quand il devint évident que les hommes au pouvoir s’enlisaient dans des schémas obsolètes, elles furent de plus en plus nombreuses à oser aborder les grandes questions et difficultés de l’humanité.
Et ce fut donc une femme qui conçut et réalisa cette folle entreprise de transformer entièrement le Système Educatif de son pays, la France du début du vingt et unième siècle. Le système avait atteint ce stade irréversible où, de façon généralisée c’est-à-dire dans tous les pays dits développés de cette époque, les échecs, les aberrations, les incohérences accumulés avaient fini par ruiner définitivement leur fragile entreprise nationale d’enseignement, d’éducation et de formation pour tous qui n’était plus capable d’assurer ni l’épanouissement personnel ni l’avenir professionnel des jeunes en particulier et des autres à fortiori.